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Mibeko
Non classéPublié le 3 décembre 1958

Article Unique

DISCOURS D’OUVERTURE

Statut juridique

Statut non vérifié

Ce texte n’a pas fait l’objet d’un contrôle d’abrogation par Mibeko. Seule la publication au Journal officiel fait foi.

DE MONSIEUR LE PRESIDENT CHRISTIAN JAYLE Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Vice-Président, Messieurs les Ministres, Mes chers Collègues, Comme celle des hommes, la vie des peuples a ses joies et ses peines. Elle est marquée parfois de grands moments qui font son histoire et permettent, dans la suite des temps, d’en suivre le cours véritable et d’en comprendre le sens. Nous vivons une de ces heures. Elle peut conduire à l’apo- gée comme à l’échec, selon que la voie choisie saura ou non s’accorder aux exigences du destin. Quel destin ? Celui que vous avez à définir, à fixer, à l’aube d’une des plus grandes époques de l’histoire africaine. Le savons-nous suffisamment ? Un large recul permet seul de comprendre parfois la por- tée des événements qui se déroulent sous nos yeux, même de ceux dont nous sommes les acteurs attentifs. Mozart pensait-il devenir 1e maître universel et incontesté de la musique ? La Fontaine soupçonnait-il, dans sa distrac- tion légendaire, que ses fables seraient, trois siècles plus tard, apprises et récitées avec tant de ferveur ? Gauguin pouvait-il pressentir, à Tahiti où il avait cherché refuge, les extraordi- naires enchères de ses toiles reconnues immortelles ? Peut-être en est-il de même aujourd’hui ? Le sort du pays est entre vos mains, et la décision que vous allez prendre et pour laquelle nous sommes réunis est d’une telle portée qu’elle demande dans son choix une infinie sagesse. Si l’oeu- vre est grande, vos fils célèbreront votre mémoire. Mais si la tâche s’avérait trop imparfaite, vous n’auriez refuge que dans l’oubli. Nous venons tous, dans un élan unanime, de prendre part au referendum et d’engager l’avenir dans la foi de ses princi- pes. Pourquoi cet élan unanime et cette volonté rassemblée dans le choix offert ? Parce que nous sommes, sur cette terre d’Afrique, les pre- miers à bénéficier pleinement d’un droit nouveau, qui fera école au-delà même de ce continent : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, codifié pour la circonstance en faveur d’un grand ensemble. Jamais une consultation d’une telle ampleur n’était encore intervenue. Une vaste portion du continent africain et d’autres terri- toires dispersés dans le monde, appelés à se prononcer libre- ment, ont choisi, hors de toute contrainte, l’indépendance qui leur était offerte dans une communauté de peuples libres et égaux entre eux. Ainsi, l’unité africaine est-elle, pour tous ceux qui ont voté OUI, sauvegardée dans une indépendance reconnue ? Que faire de cette indépendance, qui est le premier des biens ? Comment sceller cette unité, afin que les éléments qui la composent ne cessent d’être réunis ? C’est à vous qu’il échoit de bâtir la maison capable d’abri- ter l’une et l’autre. Indépendance et Unité forment les bases mêmes de toute action présente et future. Aucune décision importante et durable ne saurait être prise en dehors d’elles, à plus forte raison contre elles. Tel est, à mes yeux du moins, le secret du succès, sur la voie désormais ouverte, à l’ombre de la liberté. Vous allez gérer et gérer seuls vos propres affaires. Le Gouvernement bicéphale, né de la période intérimaire de la

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